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Mar 22

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L’objectif de Beppe Grillo : L’Europe

Les positions « anti-establishment » du Mouvement 5 Stelle sont partagées par de nombreuses formations politiques dans toute l’UE. Aux prochaines élections européennes de 2014, ils pourraient faire front commun.

Par E. Liuzzi et F.Sansa, IlFattoquotidiano, le vendredi 18 mars 2013, 00 h 16

Le véritable objectif de Beppe Grillo, c’est l’Europe. Tandis que le monde politique italien tarde à se remettre du tsunami qui l’a submergé, le leader du Mouvement 5 Stelle, depuis sa maison de Gènes, regarde déjà au-delà des frontières. Son objectif déclaré est celui d’exporter l’expérience dans d’autres pays européens, là où les nœuds de la crise politique et économique sont semblables à ceux en Italie. « On ne peut pas penser avoir fait tout ça et s’arrêter ici, à Rome. On doit aller au-delà, et l’objectif, c’est Strasbourg en 2014, le Parlement européen. Car il y a une nécessité très similaire à celle italienne, et parce que si nous arrivons à trouver une plage de débarquement en Europe, le changement fera vraiment date ». Velléitaire ou visionnaire ? L’objectif s’est fait bien plus concret ces dernières semaines quand la discussion sur les Meetups a abattu les frontières physiques et linguistiques.

Une « révolution » disent les protagonistes, « une espèce de 1968 avec le Web pour ciment », « nous venons tout juste de commencer. » Grillo et les siens – et il l’explique ces jours-ci à ceux avec qui il discute – ont déjà des contacts à l’étranger, surtout dans les pays de l’est, en Slovaquie, en Roumanie ou encore en Bulgarie. Mais ils regardent également en direction de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal.

« C’est ce que je veux dire quand je dis que nous avons à peine commencé ».
 
Les thèmes concernent surtout l’Environnement, et la Décroissance. Et les groupes visés sont les indignados, mais aussi le Mouvement des Verts allemand. Mais pas les extrémistes de droite ni de gauche, du genre Alba Dorata, ou Syriza, ni même le Front National en France. Ce sont plutôt, comme en Italie, ces millions de citoyens liés par des batailles communes plus que par des idéologies ou des appartenances. Des Européens qui jusqu’ici n’ont pas trouvé – ou n’ont plus – de camp politique. Même des modérés. Jeunes, mais pas uniquement, comme en Italie. « C’est sûr que l’on n’utilisera pas la marque 5 Stelle, mais les programmes et les outils sont exactement les mêmes. Dans chaque pays, ils trouveront leurs représentants. »

Grillo divise la presse européenne. Manuel Castells dans La Vanguardia, traduit en italien par Internazionale, écrit que « le caractère expérimental de ce projet d’antipolitique traditionnelle est tout à fait clair. Mais il a été soutenu par des millions de personnes et par une grande partie des jeunes qui s’identifient au désir de sortir de l’impasse des manipulations et de l’opacité de la délégation du pouvoir. Un phénomène, celui de la distance entre société civile et institutions politiques, très répandu également en Espagne. »

L’Espagne justement. L’un des points de départ de ce qui se voudrait un débarquement [du Mouvement] en Europe. C’était le 15 octobre 2011, et les places se remplissaient de jeunes qui manifestaient pour un monde différent. C’étaient les Indignados espagnols, les Indignés français, les Occupy Wall Street outre-Atlantique. Ils étaient des milliers à descendre dans la rue. En Italie il y eut quelques actes de vandalisme et des coups de matraque. Et puis plus rien.

Que sont devenues toutes ces protestations ? Elles se sont étiolées, fondues dans les réseaux sociaux en attendant de se donner une nouvelle organisation. L’Italie, pays qui a toujours décliné à sa sauce les phénomènes politiques, s’est ainsi retrouvée à ne pas voir d’Indignés descendre dans ses rues, mais un mouvement qui voulait entrer au cœur des institutions. Et c’est ce qui s’est produit. Désormais, le défi est celui de se faire le porte-parole d’un langage commun qui unisse le Mouvement à l’intérieur, mais aussi en dehors de l’Europe, et qui, comme le dit le Mouvement 5 Stelle, puisse être constructif, décidé et volontaire tout en respectant les institutions. « Aucune place – déclarent les proches de Grillo – pour l’extrémisme, ou pire, le racisme. Et les ‘Vafanculo’ et ‘Tous à la maison’ ne servent plus à rien, maintenant qu’il faut rentrer au Parlement. » Ils ajoutent : « Ça va chambouler la situation politique contemporaine, mais ça passera par l’exaltation de ce qui est politique. »

À l’étranger les réactions sont mitigées : « L’Italie n’a pas seulement fait entre le clown, » explique Jonathan Hopkin, professeur de Politique comparée à la London School of Economics dans le magazine Foreign Affairs. Répondant durement à The Economist qui avait vu dans l’avancée de Grillo et dans le énième retour de Berlusconi une comédie tragédie burlesque à l’italienne. « Ce n’est pas un défi simplement à l’austérité, mais bien au système même des partis traditionnels. La crise économique a aidé, mais l’offensive de Grillo contre les politiques italiens corrompus et égoïstes avait commencé bien avant le début du déclin. » Ou encore : « Dans toute l’Europe, l’adhésion aux partis politiques a atteint le niveau le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale. » Et la preuve en est le succès de l’Independence Party (3 144 801 membres) en Grande-Bretagne, du Parti Pirate en Suède, du parti anti-islamique de Geert Wilders en Hollande, et des partis populaires comme le Front National en France. Il conclut : « L’Italie pourrait ouvrir la voie à un changement qui concernera l’Europe tout entière. »

Jamais jusqu’à maintenant, un parti contre l’austérité n’avait gagné des élections dans un pays européen, depuis que cette grave crise économique est arrivée sur le Vieux Continent. Que ce soit dans l’Espagne de Rajoy, le Portugal de Passos Coelho, ou dans les autres États, la rigueur à toujours été de règle. Voilà seulement une semaine, le Premier ministre portugais écrivait un long post sur Facebook, signé du nom de Pedro, où il demandait à son peuple de nouveaux sacrifices. Il a reçu 36 000 réponses, et la plus appréciée fut une citation de Ronald Reagan : « N’espérez pas que la solution vienne du gouvernement, le gouvernement est le problème. »

La lassitude est grande dans les pays d’une Europe où l’on demande encore aux peuplesde se serrer un peu plus la ceinture. La proposition de 5 Stelle qui pourrait bien séduire est celle de créer une Union européenne qui sache expliquer clairement les choses à ses concitoyens. « Je ne me suis jamais prononcé pour ou contre l’euro – s’exclame Grillo -, ce que je veux, ce sont des informations correctes. Je veux un plan B pour la survie dans les 10 prochaines années. Et après, par référendum, nous déciderons. Mais d’abord, il est nécessaire d’informer : essayons de comprendre quels sont les coûts et les bénéfices. Aujourd’hui, le simple fait de suggérer cela, et on se fait traiter de fou, de quelqu’un qui veut faire sombrer l’Italie, d’irresponsable. Juste parce qu’on demande d’examiner cette hypothèse. » Mais cette idée rassemble de nombreux citoyens, qui voient dans l’Union européenne une chose lointaine, perdue dans les méandres de Bruxelles et de Strasbourg. Et cette nouvelle tentative de dialogue à l’italienne pourrait bien plaire à beaucoup. À l’heure où tous regardent avec inquiétude le Parlement italien [NdT – le président Napolitano doit nommer dans les heures qui viennent le nouveau Premier ministre], il y a ceux qui pensent déjà aux prochaines élections européennes. Rendez-vous en 2014.
 

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