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Nov 20

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Goldman Sachs, le côté obscur de Draghi et Monti

Voici un intéressant article d’Enzo Di Frenna paru dans "Il fatto Quotidiano" à propos des relations entre deux personnalités italiennes de premier plan, à savoir le tout nouveau premier ministre italien Marion Monti, et le directeur de la BCE récemment nommé, Mario Draghi, et la banque d’affaires américaine Goldman Sachs.

par Enzo Di Frenna, pour IlFattoQuotidiano.it, le 11 nov. 2011

Ces jours-ci, Le Monde a écrit que Goldman Sachs représentait le « côté obscur » de Mario Draghi, l’ex-gouverneur de la Banque d’Italie et actuel président de la BCE. Il convient d’appliquer cela également à Mario Monti. Voyons pourquoi. Goldman Sachs est la plus puissante banque d’affaires américaine, elle conditionne les marchés et les gouvernements. Les propos du trader indépendant Alessio Rastani n’étaient que pure vérité, lorsqu’il profita d’une interview de la BBC pour déclarer que « ce ne sont pas les gouvernements qui dirigent le monde, c’est Goldman Sachs qui le dirige ». Dans le film « Inside Job  » du réalisateur Charles Ferguson, la banque d’affaires apparait clairement comme l’un des protagonistes de la crise économique survenue en 2008 aux États-Unis.

Je raconte cette histoire en détail sur mon blog ici.

Mais il est intéressant de noter comment les hommes de Goldman Sachs ont assumé des fonctions importantes dans l’administration US, jusqu’à en arriver aux rôles de premier plan. Sous d’administration Clinton, l’ex-directeur de Goldman Sachs, Robert Rubin, est devenu Sous-secrétaire au Trésor.

En 2004, Henry Paulson, administrateur délégué de Goldman Sachs, fit approuver à la Commission des titres et des échanges une augmentation de la limite du taux d’endettement, permettant ainsi aux banques d’investissement de pratiquer de nouveaux prêts pour de futures manœuvres spéculatives. En 2005, Raghuram Rajan, chef économiste du Fonds monétaire international (2003-2007) publia un rapport dans lequel il annonçait la possibilité que les sociétés financières, au travers des risques énormes qu’elles prennent pour réaliser des profits non moins gigantesques, pourraient bien faire s’écrouler le système économique tout entier.

Dans les six premiers mois de 2006, Goldman Sachs vendit 3,1 milliards de dollars en CDO (Collateralized Debt Obligation) et au cours de cette période, l’administrateur délégué était précisément Henry Paulson. Le 30 mai 2006, George W. Bush le nomma secrétaire au Trésor, et il fut contraint de vendre ses actions de Goldman Sachs, empochant au passage 485 millions de dollars (et il ne paya aucune taxe grâce à une loi promulguée par George Bush père).

En avril 2010, les dirigeants de Goldman Sachs furent contraints de témoigner devant le Congrès américain : Daniel Sparks, ex-chef du département des emprunts chez Goldman Sachs (2006-2008) dut s’expliquer sur certains emails dans lesquels il qualifiait certaines transactions comme « des affaires de m….  ». Fabrice Tourre, directeur exécutif des produits structurés chez Goldman Sachs vendit des actions qu’il définissait lui-même comme de la "daube". Llyod Blankfein, président de Goldman Sachs, et David Viniar, vice-président exécutif, durent admettre, sous les questions pressantes du sénateur Carl Levin, qu’ils savaient pertinemment qu’ils vendaient de la m…. .

Malheureusement, même Barack Obama a renforcé le pouvoir des banques d’affaires. Le nouveau président le la Federal Reserve Bank de New York (actionnaire principal de la Fed) s’appelle William Dudley ; c’est l’ex-chef économiste de Goldman Sachs (celui qui en 2004 faisait les louanges des produits dérivés). Le chef du personnel du Département du Trésor s’appelle Mark Patterson, c’est un ancien lobbyiste de Goldman Sachs. À la tête de la Cfct (Commodity Futures Trading Commission), on trouve Gary Gensler, un ancien dirigeant de Goldman Sachs qui a contribué à empêcher la régularisation des produits dérivés.

En Europe aussi, Goldman Sachs opère dans la durée. En 1999, la Grèce ne remplissait pas les critères d’entrée dans l’Euro. Et donc, elle truqua les chiffres. Sur « PressEurope », Gabriele Crescente écrit : « En 2000, Goldman Sachs International, la filiale britannique de la banque d’affaires américaine, vend au gouvernement socialiste de Costas Simitis un "swap" en valeur qui permet à la Grèce de se prémunir contre les effets de change en transformant en Euros la dette initialement émise en dollars. Le stratagème permet à Athènes d’inscrire sa "nouvelle" dette en Euros et de l’exclure du bilan en le faisant tout simplement disparaître. Ainsi, Goldman Sachs empoche sa commission substantielle et alimente une fois de plus sa réputation d’excellente gestionnaire de la dette souveraine. »

Mais revenons à Mario Draghi. Entre 2002 et 2005, il fut vice-président et membre du Comité de direction mondial de Goldman Sachs. Autrement dit, cela correspond à l’exacte période aux USA au cours de laquelle les banques d’affaires se sont déchainées en matière de manœuvres spéculatives et ont ainsi creusé le gouffre qui s’est matérialisé en 2008, et qui s’est propagé au monde entier. Notre économiste italien n’avait vraiment pas connaissance de ces tendances ?

Mario Monti travaille lui aussi pour la banque d’affaires : depuis 2005, il est conseiller international pour Goldman Sachs et plus précisément, membre du Research Advisory Council du Goldman Sachs Global Market Institute. C’est-à-dire depuis que la crise économique mondiale a commencé à poindre. Je parlerai de tout cela dans une prochaine conférence gratuite.

Ces informations, malheureusement, ne figurent pas dans la presse italienne. Mais on les trouve sur Internet. Lors de la 2e émission de « Servizio Pubblico » [nouvelle émission sur le Web du célèbre présentateur Michel Santoro – NdT], le blogueur Claudio Messora a expliqué les relations entre Mario Monti et Goldman Sachs. Et il a mentionné un article de Milano Finanza qui – chose exceptionnelle – a révélé le rôle de Goldman Sachs dans l’augmentation du « spread » des titres italiens ces derniers jours. En l’espace de quelques minutes, sur Facebook, l’opinion des internautes répondant à un sondage on-line a changé : avant, ils voulaient que Monti soit nommé Président du conseil [premier ministre – NdT], mais après ces révélations ils ont changé d’avis. C’est bien la preuve que si le système d’information faisait son devoir, nous aurions moins de lobbies au pouvoir et plus de démocratie.
 

Traduction assurée par IlFattoQuotidiano.fr

 

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